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Un jeune homme nommé Michel Gourdon, ayant fait ses études aux Beaux-Arts de Bordeaux...


Par tradition, par habitude, nous rangeons généralement nos livres côte à côte, laissant apparaître la tranche, afin que d'un mouvement de l'index nous accédions à l'ouvrage convoité. Zénodote d’Éphèse préconisait l'empilage tandis qu'Aristophane de Byzance défendait l'entassage méta-entropique.

Ces méthodes se révèlent peut adaptées lorsque l'intérêt principal du livre réside dans sa couverture. Particulièrement lorsqu'il s'agit d'une couverture illustrée par un certain M. Gourdon.
Michel Gourdon ? C'est ce jeune homme à la fine moustache (c'était en vogue à l'époque) qui, en cette belle journée d'automne 1950 sort en souriant du bureau d'Armand de Caro, fondateur l'année précédente des éditions Fleuve Noir. Michel Gourdon vient en effet de confier à Armand de Caro (comme il le fera durant toute sa carrière au Fleuve) la gouache de la couverture du premier titre d'une nouvelle collection Espionnage, que le Fleuve Noir vient de lancer. L'ouvrage en question, Romance de la mort, est signé Jean Bruce, un auteur qui commence à connaître un certain succès.
Avec sa pointe d'accent bordelais qui ravit tout le monde, et ne le quittera jamais, Michel Gourdon salue au passage le beau-frère et la soeur de De Caro, qui travaillent également au Fleuve, rue Vercingétorix.
En passant la porte, Gourdon attrape au vol les bribes d'un conversation : "Bonjour, j'ai rendez-vous avec monsieur De Caro, pouvez-vous annoncer monsieur Dard ..." Mais Gourdon doit filer au Matériel Téléphonique, entreprise dans laquelle il travaille en tant que dessinateur industriel, un boulot qui ne l'enchante guère (mais "il fallait bien croûter") et dont il démissionnera avec soulagement en 1955.
En ce jour d'automne 1950, le jeune Michel Gourdon (né le 20 novembre 1925, il va bientôt avoir 25 ans) n'imagine sans doute pas qu'il s'embarque pour une traversée éditoriale hors norme, le long des rivages d'un âge d'or du roman d'espionnage, avec dans l'équipage, un certain San-Antonio...
Gourdon n'imagine pas non plus que ses illustrations de couvertures vont se glisser dans cette relation particulière entre le lecteur et le récit, pour séduire l'imagination, avant la première ligne de texte... En empêcheur de lire en rond, les couvertures de Gourdon sont la salle d'embarquement qui prépare à l'envol de la lecture. Bien des années plus tard, les couvertures auront pris une telle place dans le coeur des lecteurs que certains n'hésiteront pas (horresco referens) à arracher et conserver la couverture puis à se débarrasser de ce qui reste du livre !
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